Il y a ce qu’un homme montre. Et il y a ce qu’il porte.
Ce que les hommes d’excellence portent en silence
Vingt-cinq ans que je fume le cigare. Et au fil de ces années, j’ai fini par remarquer une chose simple : c’est souvent là, autour d’un cigare, que les hommes qui dirigent, qui bâtissent, qui ne s’arrêtent jamais, prennent enfin le temps. Le temps d’être calmes. Le temps de se dire des choses vraies.
Ce n’est pas un hasard. Un cigare dure une heure et demie. On ne peut pas tenir un masque aussi longtemps.
Le cigare n’est pas le sujet de ce livre. C’est un artefact. Un prétexte sacré. Une clé qui ouvre une porte, et le fumoir n’est qu’une des pièces derrière cette porte. Il y en a d’autres : un riad de Marrakech, un hammam, une forêt, un désert.
Ce livre mêle le réel et le romancé. Les hommes que vous allez lire sont introuvables — aucun ne peut être identifié, et c’est voulu. Mais les mécanismes, eux, sont exacts. Je les ai vus des centaines de fois.
Un homme qui a tout bâti et qui n’a pas touché sa femme depuis deux ans. Un autre qui ne peut s’attacher à personne et qui appelle ça la liberté. Un fils de cinquante ans qui construit encore pour un père mort il y a vingt ans. Les neuf figures du père — vous en reconnaîtrez une, parfois deux. Ce que le corps dit quand un homme se tait depuis trente ans. Les récits qu’on se raconte et qui nous tiennent debout tout en nous empêchant d’avancer. Et ce qu’il faut pour transmettre à son fils autre chose que ce qu’on a reçu.
Ce n’est pas une théorie de la masculinité. Ce sont des hommes, et sous ces hommes, ce qui les tient.
Vous reconnaîtrez les vôtres.